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Terrés: première nuit.

 

    Fabrice avait distribué à chacun une pastille d'iode; mieux valait prévenir que guérir et éviter si possible d'attraper un cancer de la thyroïde, si d'aventure ils survivaient assez longtemps pour... 

   Cléïa blottie contre madame Lambert pleurait doucement tandis que le transistor laissait encore échapper par moment, entre de nombreux crachotements désagréables, quelques bribes d'informations. La radio n'annonçait plus que des choses très désagréables, de toute façon, lorsqu'elle était audible. Par chance, le courant n'était pas coupé et une lampe de chevet dispensait une clarté réconfortante dans le vide-sanitaire. Enfin, réconfortante... Tous avaient une mine d'enterrement, même les chiens, qui se demandaient pourquoi ils se trouvaient là.

   Madame Lambert, tout en caressant tendrement les cheveux de Cléïa ( visiblement, la présence de la petite fille lui procurait un grand réconfort ) s'inquiéta:

- Et si un missile tombait pas très loin d'ici ?

   Fabrice resta songeur un instant avant de répondre:

- Je crois qu'il n'y aura plus d'attaques. À mon avis, les responsables de ce formidable gâchi sont complètement anéantis, pulvérisés, atomisés, à l'heure qu'il est. On savait, que des fous détenaient des armes nucléaires... Bon sang ! Pourquoi on les a pas tous neutralisés avant ! Merde !    

   Ce haussement de ton fit sursauter Cléïa qui observa Fabrice de ses prunelles effrayées. Mais elle comprenait sa colère et son dépit. Elle se demandait ce que serait sa vie à présent. Elle ignorait seulement s'il y en avait encore une... possible. On lui avait raconté tant de choses  sur les dangers de l'atome, surtout après la catastrophe dans les installations civiles nucléaires à Fukushima au Japon.

   Fabrice se leva et alla vérifier que toutes les ventilations étaient toujours obstruées. Au cas où... Dans l'immédiat, l'air venu de l'extérieur n'était pas le bienvenu. Quoique l'effet  n'était  que placebo, car le vide sanitaire était loin d'être hermétique. Ce n'était que pour se donner l'illusion d'une protection virtuelle. 

- Je crois que l'on va être condamné à vivre ici pour une période indéterminée qui risque d'être fort longue, annonça sombrement Fabrice. Autant commencer à s'organiser tout de suite et à aménager cet espace de vie le plus confortablement possible. Déjà, il va falloir s'habituer à marcher voûté. Y'a guère que Cléïa et les chiens qui ne souffriront pas de ce désagrément.

   Toujours sous l'effet de la sidération, les autres ne firent pas preuve d'une grande motivation. Il devrait leur laisser le temps d'encaisser le choc.  Fabrice fut donc le seul à s'activer. Il ne voulait pas se laisser contaminer par la morosité ambiante bien légitime; il avait appris en suivant les docu-fictions de Bear Grylls: " Seul face à la nature " dont il n'avait pas raté un seul épisode, que si l'on veut mettre  toutes les chances de son côté de s'en tirer, qu'il ne faut jamais se laisser abattre, toujours positiver et prendre des initiatives qui permettent de continuer à se projeter dans le futur et d'avoir l'impression de conserver le contrôle de la situation  et non d'en être captif. Même si ce n'est qu'un leurre, une illusion, c'est toujours mieux que rien.

   Sa mère sembla sortir de son état d'hébétude, lorsque la petite fille qui se trémoussait depuis pas mal de temps déjà, osa troubler le silence de sa petite voix fluette:

- J'ai envie de pipi.

   Madame Lambert encore désorientée ne sut d'abord que répondre avant de proposer le seau hygiénique. Les mains serrées entre ses cuisses, la fillette due patienter encore d'interminables minutes  avant que Fabrice ne parvienne à mettre la main dessus. Il le tendit à Cléïa en lui priant d'aller se mettre à l'écart.

- On a du mal à trouver les choses,  fit remarquer Fabrice à sa mère. Il est important de mettre de l'ordre dans tout ça très vite. Sinon on va se compliquer la vie.

   Madame Lambert s'inquiéta alors: 

- Ce seau va se remplir très vite. Qu'est-ce qu'on va faire, puisqu'on ne peut pas sortir pour le vider ?

- Ne t'inquiète pas, j'y ai pensé. Je vais démonter le coude au niveau du raccord de la salle de bain et des wc, ainsi on aura qu'à vider le seau directement dedans. Tout partira au tout à l'égout. Pour les chiens, faudra leur apprendre à faire toujours dans le même coin, on collectera leurs déjections pour les vider également dans le tout à l'égout et en passant un coup de jet d'eau sur leur pipi, ça devrait le faire. De toute façon, on a tous été d'accord pour les garder... non ?

- Cela aurait été indigne de nous, s'exclama sa mère. Depuis qu'on les a, ils font partie intégrante de la famille quand même !

- OK, on est bien d'accord. Après, Il faudra également essayer de garder un rythme de vie normal pour dormir, prendre les repas, se programmer des activités journalières etc... La passivité sera la pire de nos ennemies. Elle engendrerait ennui et désespoir.  Par contre, faudra se rationner sur la nourriture. On sait pas combien de temps on va devoir vivre dans le vide sanitaire et sincèrement, je crois que plus on y restera longtemps, mieux ça vaudra. On utilisera le chauffage électrique d'appoint que s' il y a une nécessité absolue. Le mieux est de bien se couvrir pour ne pas avoir froid et de se tenir serrés les uns contre les autres pour partager notre chaleur corporelle. J'ai trop peur de faire disjoncter l'installation. Tant qu'on a du courant, mieux vaut le préserver pour l'éclairage et notre petite plaque électrique de camping. On ne sait jamais. Il ne doit plus y avoir personne à présent pour entretenir les installations électriques. Qui sait combien de temps elles vont encore tourner ?

  Fabrice allait ajouter: " Et prions pour que tous les systèmes de sécurité de nos centrales nucléaires soient parfaitement opérationnels, sinon... " Finalement, il s'abstint. Inutile de faire monter davantage la jauge d'angoisse qui était déjà bien haute

   Tous aquiesçèrent aux propos de Fabrice.

   Soudain, un éclair assez vif filtra furtivement aux travers des interstices des plaques disjointes qui fermaient le vide sanitaire. 

 

 

 

 

Tag(s) : #Un autre roman: Les champignons de la colère

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