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- Il fait de l'orage ? demanda innocemment Cléïa, tandis que Fabrice et sa mère se regardaient d'un air sombre.

- Oui, sans doute, répondit très vite Fabrice, tandis que se tournant ensuite vers sa mère, il chuchota:

- J'en doute... C'est pas très bon, ça.

- Tu crois que...?

- Y'a quelque chose de pas sympa qui a pété, sûr. Pas à côté, on a pas vraiment entendu de déflagration.

    Ce fut à cet instant qu'un " Boom " lointain les fit tous sursauter.

- Oui, un missile nucléaire est tombé, maintenant c'est quasiment certains mais loin d'ici. Sûrement à plus de cent kilomètres. Il s'est écoulé pas mal de secondes entre le flash et la détonation. Ça c'est plutôt bien.

  Bientôt, un vent violent qui fit frémir et gémir la maison sur ses fondations se déchaîna.

- Ça va tenir, rassura Fabrice. Et puis dans le vide sanitaire, on ne risque rien. 

   La gamine caressait les chiens. Absorbée dans ses pensées, elle ne semblait pas prêter attention à leur conversation. C'est pourquoi Fabrice fut surpris lorsqu'elle demanda à brûle-pourpoint:

- C'est vrai que maintenant il va toujours faire nuit ?

  Ressentant fortement la note d'angoisse qui sourdait dans l'interrogation, Fabrice réunit mentalement toutes les connaissances qu'il avait accumulées sur l'hiver nucléaire, d'autant qu'avec cette fichue prédiction des Mayas qui s'était, hélas, révélée exacte, les documentaires plus ou moins sérieux et autres docu-fictions avaient fait les choux-gras des chaînes de télévision. Mais lui, ce qu'il avait retenu, c'était les informations qu'il avait recueillies sur Wikipédia. Contradictoires, certes, mais toutes intéressantes et qui permettaient de faire la part des choses et, au final, de se faire une opinion assez précise pour peu que l'on veuille bien se donner la peine d'analyser ces informations et d'en faire le tri, de façon à écarter les plus farfelues.

- Ouais, t'es pas folle... Tu as compris qu'il s'est passé quelque chose de grave. C'est mieux ainsi.

- Oui... À la télé ils en parlaient beaucoup. J'écoutais pas trop parce que tout ça... ça me faisait très peur. C'est la bombe atomique, n'est-ce pas ?

- Oui, souffla Fabrice. Et pour répondre à ta question. Rassure-toi, tu reverras la lumière du jour. Peut-être même demain. Mais il est possible également qu'il te faille attendre plusieurs mois, si l'Homme a vraiment fait une grosse connerie. Parce qu'en plus de la poussière soulevée par l'explosion qui va empêcher les rayons du soleil de venir jusqu'à nous, il y aura peut-être aussi beaucoup de bois et de forêts qui vont brûler et les fumées vont également former un voile autour de la Terre. Mais toutes ces poussières, forcément, vont finir par retomber, alors, les rayons du soleil nous illumineront à nouveau.

- Et en attendant, insista la petite, que va t-il se passer pour nous, si ça se passe comme vous dites ?

- Ben, il fera sombre jour et nuit, il fera plus froid que d'habitude et la végétation va beaucoup souffrir.

- Alors, les animals...

- AnimAUX...

- Les animaux qui mangent de l'herbe ? reprit Cléïa.

   Fabrice commençait à la trouver agaçantes avec toutes ces questions trop pleines de bon sens, perspicaces, mais qui ne pouvaient apporter que des réponses anxiogènes. C'est pourquoi il décida de louvoyer et répondit simplement:

- Espérons qu'il n'y aura pas d'hiver nucléaire et que s'il y en a un... qu'il ne durera pas longtemps. Mais c'est pour ça qu'il ne faudra jamais gaspiller la nourriture. Jamais ! Tu as compris ?

- Oui, murmura-t-elle timidement.

- Parfait. Va aider ma mère à ranger un peu tout ça. Moi j'ai un peu de bricolage à faire.

  La radio était devenue muette. Ce que Fabrice avait craint, entre autres, s'était produit. L'impulsion électromagnétique avait dû détruire les émetteur radios coupant leur seule source d'informations. À moins que... C'était un transistor ancien. Peut-être qu'il captait encore les grandes ondes et les ondes moyennes ? Il tourna la molette et finit par capter une voix lointaine grésillante aux intonations slaves. C'était mieux que rien et ça avait un petit côté rassurant. 

   Fabrice jeta un œil sur ses compagnons. Ils demeuraient comme hébétés; Il devait leur secouer les puces. Il dit d'une voix autoritaire:

- Bon, les choses sont ce qu'elles sont. On ne les changera pas ! Inutile de passer notre temps à nous morfondre et rester là à ruminer. Il faut se bouger ! Il va falloir penser à manger. Préparez donc un petit quelque chose. N'oubliez pas de faire manger les chiens également. Pendant ce temps là, tant qu'on a de la lumière, je vais voir ce que je peux bricoler pour l'élimination des déchets organiques et autres. Ça me paraît être une chose à faire en priorité si on ne veut pas que cet endroit devienne vite invivable.

   Avant de s'acquitter de sa tâche, il tint à préciser:

- N'ayez pas la main trop lourde sur les portions. D'une part, on ne sait pas combien de temps on va être coincé ici, donc, il faut s'arranger pour tenir le plus longtemps possible et d'autre part, inutile de se gaver parce qu'on ne va pas avoir beaucoup l'occasion de se dépenser physiquement ici. De ce fait, il m'apparaît très important de se rationner. Ceci est valable pour les chiens. On a la chance que leurs sacs soient pleins mais ils se videront toujours trop vite et après il faudra qu'ils s'accommodent de nos restes.

Tag(s) : #Un autre roman: Les champignons de la colère

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